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Tristes Tropiques

Tristes Tropiques
Par Claude Levi-Strauss

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  • Rang parmi les ventes Amazon: #14 dans Livres
  • Publié le: 2001-10-17
  • Langue d'origine: Français
  • Reliure: Poche
  • 513 pages

Révisions éditoriales

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"Je hais les voyages et les explorateurs" : la première phrase de Tristes tropiques donne le ton. Claude Lévi-Strauss, philosophe de formation, n'est ni un marchand d'exotisme ni un amateur d'anecdotes ; la longue confession qu'il nous livre ici relate l'histoire d'une conversion à l'ethnologie. Quelle est cette étrange passion pour l'altérité qui pousse un jeune homme, tout frais émoulu de l'université, à abandonner son "chez soi" pour aller s'immerger dans celui des autres ? Au-delà des pittoresques récits de voyages au Brésil mais aussi aux Antilles et en Asie, les chapitres sont hantés par cette interrogation sur l'exil volontaire et sur la solitude du voyageur au milieu d'autres peuples.

Réflexion sur le pouvoir et l'écriture, sur l'irréversibilité du temps qui emporte avec lui, aidé par l'Occident, des civilisations entières, sur le dur métier d'ethnologue... le domaine d'investigation de l'ouvrage est vaste. Le regard de Lévi-Strauss est sans concession mais jamais désabusé ni amer. La passion pour la vérité fait la force de l'explorateur intérieur. --Emilio Balturi

Quatrième de couverture
Pourquoi et comment devient-on ethnologue ? Comment les aventures de l'explorateur et les recherches du savant s'intègrent-elles et forment-elles l'expérience propre à l'ethnologue ? C'est à ces questions que l'auteur, philosophe et moraliste autant qu'ethnographe, s'est efforcé de répondre en confrontant ses souvenirs parfois anciens, et se rapportant aussi bien à l'Asie qu'à l'Amérique.

Plus encore qu'un livre de voyage, il s'agit cette fois d'un livre sur le voyage. Sans renoncer aux détails pittoresques offerts par les sociétés indigènes du Brésil central, dont il a partagé l'existence et qui comptent parmi les plus primitives du globe, l'auteur entreprend, au cours d'une autobiographie intellectuelle, de situer celle-ci dans une perspective plus vaste : rapports entre l'Ancien et le Nouveau Monde ; place de l'homme dans la nature ; sens de la civilisation et du progrès.

Claude Lévi-Strauss souhaite ainsi renouer avec la tradition du "voyage philosophique" illustrée par la littérature depuis le XVIe siècle jusqu'au milieu du XIXe siècle, c'est-à-dire avant qu'une austérité scientifique mal comprise d'une part, le goût impudique du sensationnel de l'autre n'aient fart oublier qu'on court le monde, d'abord, à la recherche de soi.

L'auteur vu par l'éditeur
Professeur honoraire au Collège de France, Claude Lévi-Strauss est l'auteur de nombreux ouvrages connus dont Tristes tropiques (1955), La Pensée sauvage (1962), Le Cru et le lait (1964) et L'Homme nu(1971).


Commentaires clients

Ethnologie et réflexions philosophiques sur la société 4
Si ce livre a comme base principale les débuts de C.Levi-Strauss en tant qu'ethnologue et ses premières expéditions au milieu des terres brésiliennes à la recherche de différents peuples indiens, afin d'étudier leur modes de vie, l'auteur revient également, et parfois relativement longuement, sur d'autres expériences vécues en Indes, qu'il confronte à divers moments du livre aux civilisations primitives du Brésil et à la civilisation occidentale.
Il y a en effet, tout au long du livre, une longue réflexion sur la société et l'humanité, sur son évolution, voire sa décadence (difficile de ne pas noter une grosse note de pessimisme dans ce livre). Il ne s'agit pas d'une critique moraliste sur l'occident qui détruirait tout, mais d'une réflexion philosophique beaucoup plus globale sur la manière de laquelle l'humanité évolue inéluctablement. Et C.Levi-Strauss s'appuie sur ses études ethnologiques (sa véritable vocation; il a fait à la base des études de philosophie) pour répondre à ses questionnements philosophiques sur l'origine et surtout le devenir de l'homme. Le livre ne conclue d'ailleurs pas du tout sur les indiens du Brésil, mais sur le bouddhisme, l'hindouisme, l'islam et le christianisme qui ont façonné et façonnent les sociétés actuelles.

N'attendez donc pas un livre d'aventures; C.Levi-Strauss raconte bien quelques anecdotes lors de ses périples, mais cela reste rare dans le livre. Ca ne semble d'ailleurs pas son fort. On comprend juste que ses périples à travers la brousse ou la forêt ont été très durs, mais il ne s'appesantit pas là-dessus, ni d'ailleurs sur ses compagnons de voyage... bref, l'objet du livre n'est pas de faire du sensationalisme sur les aventures extraordinaires d'un occidental à la découverte de civilisations perdues.

Le style d'écriture est assez littéraire, le vocabulaire très riche. Il apporte beaucoup de détails qu'ils soient sociologiques, historiques, géographiques, etc ... bref, ce livre fait preuve d'une grande "densité" culturelle, pas toujours facile à suivre d'ailleurs, pour un lecteur ordinaire.

C'est donc ce mélange de réflexion philosophique, avec à l'appui des observations très riches en détails qui m'a beaucoup plu. On comprend que la vocation d'ethnologue est, au final, la partie "empirique" d'une étude au final philosophique.

Le petit bémol, mais c'est très personnel, est que j'aurais aimé avoir dans ce livre peut-être plus de "légèreté", c'est à dire des descriptions moins sophistiquées parfois, voire plus générales, qui auriaent permis de se représenter plus facilement et mieux les lieux, telles que les villes ou villages traversés.

Une dernière chose: pour les personnes qui s'intéressent au Brésil culturel et se demandent si la lecture de ce livre vaut le coup. Je réponds oui, ne serait-ce que les premiers chapitres, pour apprécier l'évolution démographique vertigineuse. Le livre relate une expédition de 1938. Il est écrit en 1955. C'est amusant de voir une "ville" au bout d'une ligne de chemine de fer(et dont j'ai oublié le nom) qui n'a qu'un habitant (un français) en 1938, et plus de 100.000 aujourd'hui. Sans compter Brasilia qui en a plus de 2 millions et dont Levi-Strauss ne fait aucune allusion dans la mesure où il n'y a que de la brousse à cet endroit au moment de l'écriture du livre! Egalement intéressants les descriptions des différentes populations immigrées (italienne, libanaise, ...) qui composent la population. Et bien sût tous les détails historiques.

Tristes Tristes tropiques3
La pratique du métier d'ethnologue sur le terrain ne semble pas avoir particulièrement comblé Lévi-Strauss, sans doute parce que l'homme, comme il l'explique dans un des premiers chapitres, se lasse de faire deux fois la même chose et qu'il y avait, dans toutes ses expéditions, quelque chose de redondant. En fait, l'émotion passe mal dans ce livre, pour autant qu'elle y soit présente, parce que le récit est tout simplement trop ethnographique. Par une sorte de déformation professionnelle, Lévi-Strauss décrit avec la même froideur les aléas de son voyage et les moeurs des tribus qu'il rencontre, si bien que le réquisitoire qu'il dresse contre l'Occident pour dénoncer les ravages de la colonisation nous semble plus inspiré par l'égoïsme que par l'humanisme : l'impossibilité de satisfaire une curiosité scientifique qui le pousse à rechercher une tribu vierge de tout contact semble être tout ce qui le motive vraiment. Il est tout à fait remarquable que dans un ouvrage où rien ne le contraignait à tenir un discours strictement scientifique, Lévi-Strauss ne retranscrive aucun dialogue et ne traite jamais dans le détail des relations personnelles qu'il a pu établir avec les membres des tribus qu'il a rencontrées.

Pourtant, il faut certainement bien aimer les hommes pour passer sa vie à les étudier.

Quel est l'état d'esprit de l'ethnologue lors du premier contact avec une tribu ? Quelle est la part du calcul dans les relations qu'il établit ? Est-ce à son avantage de se montrer vraiment, ou a-t-il plutôt intérêt à entretenir une certaine distance ? Autant de questions qui nous renvoient au rôle de l'émotion dans la démarche scientifique de l'ethnologue et, in fine, à la question de savoir dans quelle mesure une science réflexive de l'homme sur l'homme est possible.

Ces questions étant restées sans réponse, ce livre a quelque peu déçu les espoirs que j'y avais placés. J'avais lu en quatrième de couverture la promesse alléchante que Lévi-Strauss traiterait de la question "Pourquoi et comment devient-on ethnologue ?". Lecture faite, j'ai bien compris qu'il nous est possible de devenir ethnologue par le hasard des circonstances, mais pas pourquoi nous pourrions accepter de laisser ce hasard nous guider.

L'anthropologue de salon5
La definition traditionnelle de l'anthropologie est l'etude de l'homme, dont l'oeuvre directement liee se compose de notes prises sur le terrain que l'anthropologue transcrit et publie pour ainsi conserver l'impact immediat de ses donnees.

Et voila Levi-Strauss, souvent appele l'anthropologue de salon, ethnographe litteraire qui traversa la region centrale du Bresil dans les annees 30, mais ne publia ses resultats que vingt ans plus tard dans son livre "Tristes Tropiques" dont le titre, intraduisible a l'anglais, a ete conserve dans la langue originale.

Suivant la tradition de son illustre ancetre Marcel Proust, Levi-Strauss nous presente des memoires distillees a travers le temps d'ou une structure se degage. Il faut preciser que "Tristes Tropiques" n'est pas un compte-rendu chronologique des voyages entrepris par Levi-Strauss a travers l'Amerique du Sud.

Des souvenirs, filtres dans "Tristes Tropiques" sont distilles d'avantage dans les oeuvres suivantes et deviennent des systemes ou unites possibles d'etre analyses structurellement, d'ici le concept fondamental du structuralisme, celui des analogies universelles 'dont les differences se ressemblent'.

Une seule organisation sociale, un seul mite, n'ont aucune valeur. Compare a la multitude, ils acquierent du sens.

L'univers proustien est celui des memoires personnelles, tandis que Levi-Strauss va au dela pour ainsi etablir des analogies trans-culturelles. Cependant, tous deux representent le produit de la tradition intellectuelle francaise. La souverainete de l'esprit remonte a Rene Descartes,philosophe francais du 17eme siecle, qui declara: "Je pense, donc je suis".